Le keiler du 11 Novembre 2022


 
  L'ambivalence dans tous ses états, que je revendique haut et fort.
La chasse n'exclut pas le respect et la défense de notre nature. Elle en fait partie intrinsèquement au risque de heurter nos opposants parfois extrêmes et bornés.
J'ai eu la chance de tirer ce magnifique "keiler" de 112 kg hier au vallon de Champagny, au crépuscule, tenu à l'arrêt par Isis, ici sur la photo. Deux traqueurs, un seul chien d'arrêt, et quelques postés transis par le brouillard tombant, ce n'était pas la "grande battue" au sens premier du terme mais la recherche patiente puis la mise à l'arrêt de ce grand mâle baugé dans les joncs et les fougères dans ce qui subsiste encore de la magnifique zone humide de Quemodon. Annoncé à cors et à cris par des traqueurs encore survoltés en fin de journée, je vis sortir du brouillard cette masse avançant comme un nageur à la brasse. Je laissai la bête progresser dans la pâture puis, après avoir attendu qu'elle dépasse largement  la position de ma voisine de poste, je pus le tirer une première fois à une trentaine de mètres. Mais, à ma grande surprise, le ragot ne marqua aucune réaction et continua son chemin en accélérant et passant cette fois derrière moi. Prenant le temps de monter une seconde balle, je réajustai la seconde visée, un peu comme dans un film en noir et blanc, tant le brouillard était dense et la bête...noire. Le keiler s"écroula cette fois sur place et avait rendu l'âme quand Isis la méritante arriva sur les lieux. Je sonnai plusieurs fois, lentement, pour profiter de cet instant magique, l'hallali, les quatre coups suivis du rigodon traditionnel, que j'aime à faire attendre un peu à l'oreille dressée de mes partenaires de chasse. Répondirent à cette annonce plusieurs autres halllalis et quelques clameurs dans la combe bientôt animée de David et Patrick, nos traqueurs enthousiastes, arrivant sur les lieux. C'était un partage presque enfantin, nous aurions peut-être même dansé et chanté si la nuit n'avait été si proche. Il fallait prendre quelques clichés souvenirs et envisager l"évacuation de la grosse bête dans cette pente accessible uniquement au 4 x 4. Philippe arriva quelques temps après pour charger le monstre dans la suzuki. La maladière allait voir son plus gros sanglier dépecé dans la joie, peut-être son dernier....
Pour moi , c'était mon premier tiré au poste. J'avais tué tous les autres, une grosse trentaine, en traquant, à l'affût ou seul au ferme devant mes chiens dans nos côteaux, nos haies et nos boqueteaux. Il n'en avait que plus de valeur. Hier soir, le sommeil tarda longtemps à venir, signe d'une passion pas encore éteinte et peut-être d'un peu de jeunesse...résiduelle. Merci à tous mes amis présents et à Isis.

Le "trophée", grès(haut) et défenses(bas), réalisé par Jérémy B.